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LA FRANCE EST EN DANGER ! CLAME ROGER CUKIERMAN - R. Cukierman : Je suis soucieux, mais nous sommes bien décidés à nous battre. Je crois que les Israéliens nous donnent l’exemple tous les jours

jeudi 23 mars 2006





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Descriptif/Commentaire LBS : La Communauté juive de France ne cédera pas face au fléau de l’antisémitisme, qui continue à faire des ravages au pays de Zola et de Jaurés.
“Nous sommes bien décidés à nous battre. Les Israéliens nous donnent l’exemple tous les jours”, nous a dit en entrevue Roger Cukierman, président du CRIF -Conseil Représentatif des Institutions Juives de France-, principale instance politique du judaïsme français.
Ce leader très courageux et au franc-parler est en première ligne dans la lutte vigoureuse que la Communauté (...)


La Communauté juive de France ne cédera pas face au fléau de l’antisémitisme, qui continue à faire des ravages au pays de Zola et de Jaurés.

“Nous sommes bien décidés à nous battre. Les Israéliens nous donnent l’exemple tous les jours”, nous a dit en entrevue Roger Cukierman, président du CRIF -Conseil Représentatif des Institutions Juives de France-, principale instance politique du judaïsme français.

Ce leader très courageux et au franc-parler est en première ligne dans la lutte vigoureuse que la Communauté juive et l’État français mènent aujourd’hui contre l’antisémitisme.

Malgré son emploi du temps très contraignant, Roger Cukierman a accepté affablement de nous accorder une entrevue. Nous l’avons joint à son domicile à Paris.

Canadian Jewish News : L’assassinat d’Ilan Halimi a replongé la Communauté juive française dans un profond désarroi.

Roger Cukierman : Les Juifs de France sont très peinés, bouleversés et inquiets. Le meurtre infâme du jeune Ilan Halimi a été un terrible choc. C’est la première mort d’un Juif consécutive à une affaire crapuleuse, mais avec un aspect antisémite incontestable. Ce lâche assassinat a beaucoup affecté toute la Communauté juive de France.

Il y a eu une manifestation importante le 26 février dernier. Près de 100000 personnes dans les rues de Paris et plusieurs milliers en province. On avait alors l’illusion que ce meurtre abject servirait de leçon à tous les esprits et qu’enfin on prendrait conscience à quel point des petits préjugés antisémites peuvent conduire à des situations catastrophiques. Mais, au contraire, au lieu d’avoir l’accalmie que nous espérions tous après ce drame, on a une flambée de violence. Comme si cet ignoble assassinat avait donné des idées nauséabondes à beaucoup d’esprits simples, au point qu’on m’a indiqué dernièrement qu’il y avait des affichettes dans certains quartiers appelant les gens à donner de l’argent pour la défense du chef des gangsters qui a planifié le kidnapping et le meurtre d’Ilan Halimi.

C.J.N. : Pour les Juifs français, c’est une situation très éprouvante.

R. Cukierman : C’est une situation inquiétante pas seulement pour les Juifs, mais pour toute la France. Je viens d’émettre un communiqué très fort dans lequel je clame que c’est la France qui est en danger.

Je rappelle dans ce communiqué que le CRIF et la Communauté juive de France avaient noté avec soulagement une baisse des actes antisémites en 2005. Mais les premières statistiques de 2006 font apparaître une nouvelle hausse cruellement illustrée par l’assassinat horrible du jeune Ilan Halimi et les violences antijuives répétées de ces derniers jours à Sarcelles et à Lyon. Dans des zones de non-droit des bandes de voyous racistes et antisémites sèment la terreur. Dans de nombreuses banlieues, et bien souvent au cœur des villes, les citoyens juifs ont peur de circuler et les parents juifs s’inquiètent pour leurs enfants.

Malgré les moyens considérables déployés, notamment par la Police, l’escalade se poursuit. Nous tenons à mettre les autorités françaises en garde : cette situation d’une gravité extrême risque d’amener des réactions incontrôlables d’autodéfense. Faut-il rappeler que depuis le début de la vague d’actes antisémites, en septembre 2000, il n’y a pas eu une seule action de rétorsion d’origine juive.

Nous demandons solennellement au Président de la République de déclarer la guerre à l’antisémitisme et de redonner un sentiment de confiance à tous les citoyens de notre pays. Nous demandons aux parents, aux enseignants, aux médias de se mobiliser contre ce fléau. Car, ne nous y trompons pas ! Les Juifs sont les sentinelles de la République. Les violences qui les touchent aujourd’hui frapperont demain le reste de la population. Il y a danger pour l’unité de la nation française.

C.J.N. : Vous n’y êtes pas allé avec le dos de la cuillère ! S’ils n’ont pas d’autre choix, dites-vous, les Juifs pourraient alors assurer leur propre défense. N’est-ce pas surprenant dans un État de droit démocratique comme la France ?

R. Cukierman : Il y a dans la Communauté juive française un profond malaise et désarroi. Depuis le début de cette vague d’antisémitisme, des groupuscules juifs se sont constitués. Mais il n’y a pas eu jusqu’ici des actions d’autodéfense. Avec ce communiqué, j’ai voulu mettre en garde le gouvernement contre le fait que la situation actuelle risque d’exacerber les esprits et favoriser des actions que nous ne pourrions pas contrôler.

C.J.N. : Le gouvernement français est-il conscient de la gravité de la situation ?

R. Cukierman : Absolument. Les autorités gouvernementales françaises sont en première ligne dans la lutte contre l’antisémitisme. Elles envisagent même de distribuer largement des systèmes de vidéo pour surveiller les rues et les quartiers pouvant constituer des lieux de danger. Mais, soyons réalistes ! Au-delà de ça, on ne peut pas mettre un policier derrière chaque Juif !

C.J.N. : La manifestation organisée par le CRIF le 26 février, quelques jours après la découverte du corps mutilé et sans vie d’Ilan Halimi, n’a-t-elle pas été un échec dans la mesure où la grande majorité des manifestants étaient de confession juive ? En 1990, la manifestation organisée pour dénoncer la profanation du cimetière juif de Carpentras avait rassemblé presque un million de personnes dans les rues de Paris.

R. Cukierman : Il y a un domaine où c’était satisfaisant : nous avons eu à nos côtés tout l’establishment politique de droite et de gauche, tout l’establishment religieux, de toutes les confessions, de même que tout l’establishment syndical. Le personnel éminent de la France était présent. En revanche, c’est vrai que la foule était très largement juive. On ne peut pas vraiment comparer cette manifestation à celle qui fut organisée après la profanation du cimetière juif de Carpentras -entre 400000 et 500000 personnes avaient alors manifesté. En 1990, la cible, c’était l’extrême droite. C’est la raison pour laquelle le Président de la République de l’époque, feu François Mitterrand, avait jugé utile de se joindre à cette manifestation parce que tout le monde pensait que les auteurs de cette exaction antisémite étaient des membres du Front National ou un groupe émanant de l’extrême droite fasciste. Mais vis-à-vis des jeunes des banlieues, qui sont en fait des Maghrébins, des Africains ou des Antillais, le public français est plus pusillanime, considérant que ce sont des jeunes qui sont maltraités par la société dans la mesure où ils n’ont pas été intégrés socialement, n’ont pas un emploi, ni un logement adéquat.

C.J.N. : Peut-on établir un lien entre la vague d’émeutes qui a embrasé la France l’automne dernier et cette nouvelle recrudescence d’actes antisémites ?

R. Cukierman : Non, parce que très curieusement la vague d’actes de violence de l’automne dernier n’a pas touché les Juifs. Il y a seulement eu un incident contre une synagogue dans une banlieue. Les institutions juives n’ont pas été attaquées. Les émeutiers ont surtout attaqué les symboles de l’État français : les monuments publics, les écoles, les bâtiments de l’administration publique... Pour nous, ça avait été une indication qu’on considérait comme très positive, mais, visiblement, ce n’était pas significatif.

C.J.N. : S’il est vrai que la classe politique française s’est mobilisée ardemment pour combattre l’antisémitisme, on a par contre l’impression que les juges ne sont pas suffisamment sévères lorsqu’il s’agit de sanctionner les auteurs d’actes antisémites.

R. Cukierman : On ne peut pas dire ça parce qu’il y a eu pas mal de condamnations. En tout cas, la police a été extrêmement efficace. En ce qui a trait aux actes antisémites, par rapport au reste des crimes ou délits commis, le taux d’élucidation est très élevé. Du côté de la Justice, il y a des punitions très sévères, à l’exception d’un cas, très symbolique et très inquiétant, qui commence à nous perturber sérieusement : Dieudonné. C’est un cas particulier parce que s’agissant d’un comique, les juges n’arrivent pas à considérer que ses propos, très clairement antisémites, sont un délit. Ils persistent à les considérer comme une opinion.

Dieudonné a fait des dégâts considérables parce que nous n’avions aucun problème avec la Communauté noire afro-antillaise. Or, aujourd’hui, cette Communauté est souvent hostile aux Juifs. Nous avons essayé de lutter contre ce problème en créant une Association de l’amitié judéo-noire. Mais, le mal est fait ! Dieudonné a remis sur la scène le problème de la reconnaissance du fait historique de l’esclavagisme et créé un front hostile aux Juifs qui est très nocif -cette entrevue a été réalisée quelques jours avant que la justice française ne condamne pour la première fois l’humoriste Dieudonné pour antisémitisme et incitation à la haine raciale.

C.J.N. : Vous venez de rentrer des États-Unis où vous avez rencontré les principaux leaders de la Communauté juive américaine. Depuis quelques années, l’image de la France s’est considérablement détériorée en Amérique.

R. Cukierman : J’ai assisté à la Conférence de l’AIPAC -American-Israel Public Affairs Committee-, à Washington. Mes interlocuteurs américains ont été très marqués par l’affaire d’Ilan Halimi, dont ils connaissaient tous le cas et pour lequel ils m’ont exprimé leur sentiment de solidarité. Ce n’est pas une affaire qui est passée inaperçue aux États-Unis. C’est vrai que ce drame effroyable ainsi que d’autres actes antisémites perpétrés dernièrement ont terni à nouveau l’image de la France à l’étranger, particulièrement en Amérique. C’est assez injuste parce que le gouvernement et l’ensemble du personnel politique français font de vrais efforts et sont tout à fait solidaires dans la lutte que nous menons tous les jours contre l’antisémitisme.

C.J.N. : La politique traditionnelle proarabe et propalestinienne de la France ne contribue-t-elle pas sournoisement à exacerber ce climat d’antisémitisme ?

R. Cukierman : La politique de la France au Moyen-orient a changé depuis un an. L’an dernier, au dîner annuel du CRIF, j’avais vivement critiqué l’accueil très chaleureux que le gouvernement français a réservé à Yasser Arafat lors de son hospitalisation à Paris et l’autorisation qu’on a donnée pendant un mois à la chaîne antisémite Al-Manar pour qu’elle diffuse sur le territoire français. Cette année, au dîner du CRIF, qui a eu lieu le 20 février, j’ai remercié les autorités françaises pour le changement de leur politique étrangère au Moyen-Orient.

La France, en étroite concertation avec les États-Unis, a exigé et obtenu le retrait de la Syrie du Liban. Je crois que l’élément moteur a été l’assassinat par les Syriens de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, un proche ami du Président Jacques Chirac. Vis-à-vis de la Syrie, la France s’est montrée très ferme. Dans le même élan, à la fin juillet 2005, la France a reçu magnifiquement Ariel Sharon, pour la première fois depuis quatre ans. Elle a été aussi impressionnée par le retrait d’Israël de Gaza. Il y a eu, depuis environ un an, un revirement de la politique française au Moyen-Orient. En revanche, il persiste en France un antisionisme ambiant, notamment dans les milieux de gauche, qui donne une espèce de justification à l’antisémitisme.

C.J.N. : De plus en plus de Juifs quittent la France. Certains journaux nord-américains parlent même d’“Exode”. Ce phénomène, qui semble inéluctable, vous inquiète-t-il ?

R. Cukierman : C’est quelque chose dont on a beaucoup parlé mais qui en fait n’a pas eu beaucoup d’impact. Ces dernières années, le nombre de Juifs ayant quitté la France pour aller en Israël se situe entre 2500 et 3000 personnes par an, ce qui représente 0.5% de la population juive française. C’est relativement peu. On peut comparer ce chiffre aux 300000 Français qui vivent à Londres, aux 300000 Français qui vivent à New York... Il y a au moins 2 millions de Français qui vivent aujourd’hui à l’étranger. En ce qui a trait aux départs pour le Canada, les chiffres sont aussi très faibles. C’est insensé de parler d’“Exode”. C’est une expression très alarmiste qui ne reflète pas du tout la réalité. Les Juifs sont merveilleusement intégrés dans la société française depuis 2000 ans. Nous avons célébré l’année dernière le 900e anniversaire de la mort de Rachi de Troyes. Les Juifs ont donné à la France cinq Premiers ministres et même un Archevêque !

C.J.N. : Comment envisagez-vous l’avenir des Juifs et du judaïsme en France. Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

R. Cukierman : Je suis soucieux, mais nous sommes bien décidés à nous battre. Je crois que les Israéliens nous donnent l’exemple tous les jours. Quand il y a des difficultés, il faut y faire face et ne pas les fuir. Je compte bien que nous y ferons face. Le communiqué que nous venons d’émettre -mentionné ci-dessus- est un message d’alerte adressé à toute la société française. L’antisémitisme en France, ce n’est pas le problème des Juifs. C’est avant tout le problème de la société française. Aujourd’hui, c’est la société française qui est clairement en danger. Si elle laisse la Charia se développer et des bandes organisées de voyous prendre le contrôle de certains quartiers ou banlieues, c’est l’essence de l’esprit démocratique républicain qui sera laminée.

By ELIAS LEVY Reporter

In an interview from his home, Roger Cukierman, president of CRIF, the umbrella organization for Jews in France, talks about the French community since the murder of Ilan Halimi.

http://www.cjnews.com/viewarticle.a...



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