Une universitaire saoudienne : Il est temps de mettre fin à la séparation des sexes dans les mosquées ; faisons ressembler les mosquées aux églises

La note d'Ahmed :
Il est temps que le monde arabe remette les pendules à l’heure et son calendrier ajoure, nous ne sommes plus en l’an 1400!
Hommes et femmes côte à côte dans le complexe entourant la Kaaba à La Mecque

Hommes et femmes côte à côte dans le complexe entourant la Kaaba à La Mecque

Dans une interview donnée le 25 juin 2016 au site progressiste arabe Elaph, Najat Al-Said, conférencière en communication saoudienne à l’université Zayed de Dubaï, a déclaré que l’islam était la seule religion monothéiste qui ne s’est pas adaptée à l’époque moderne, et que ce n’était pas la faute de l’islam, mais bien celle des musulmans, qui sont trop conservateurs. Aussi, a-t-elle ajouté, le processus de modernisation doit commencer par la religion elle-même, en réformant les rituels du culte. Ainsi, elle suggère de modifier l’agencement interne des mosquées pour permettre aux hommes et aux femmes de prier ensemble, d’introduire des codes de comportement et d’apparence extérieure dans les mosquées et d’y installer des sièges et un éclairage qui créeront une atmosphère de spiritualité et de calme, comme dans une église.

Interrogée sur le phénomène des femmes imams, qui existe dans certains pays occidentaux, elle répond que le monde arabe doit commencer par créer des institutions de femmes jurisconsultes, publier des livres sur la religion écrits par des femmes et diffuser des programmes télévisés religieux présentés par des femmes. Extraits :

Existe-t-il une interdiction religieuse de changer la logique derrière l’agencement interne des mosquées ?

Du point de vue religieux, il n’y a pas d’interdiction de changer l’agencement interne de la mosquée telle que nous le connaissons dans le monde musulman actuel, et par ailleurs, cet agencement diffère d’une mosquée à une autre. Si l’enceinte extérieure de la Grande mosquée de La Mecque a [pu être] modifiée et élargie, pourquoi ne pas changer l’agencement interne des mosquées? Les espaces extérieurs de la Grande mosquée de La Mecque sont entourés par des gratte-ciel ultra-modernes. Si vous les regardez d’en haut, vous voyez qu’ils ressemblent aux gratte-ciel de Manhattan à New York. Selon un hadith rapporté par Abou Al-Darda, le Prophète a dit : « Tout ce qu’Allah a autorisé dans Son livre [le Coran] est autorisé, et tout ce qui est interdit [dans ce livre] est interdit – et tout ce sur quoi il est resté silencieux est pardonné, aussi acceptez le pardon d’Allah. »

L’absence d’un espace intérieur [partagé] est-il l’unique facteur qui empêche les hommes et les femmes de prier côte à côte dans les mosquées ?

C’est sans doute l’une des raisons, mais je pense que l’habitude, et le respect des coutumes et de la tradition, sont [les facteurs réels] qui empêchent les hommes et les femmes de le faire. L’islam n’interdit pas la mixité, comme cela ressort de manière évidente du fait que les rituels du Hadj et de la Umrah [pèlerinage à La Mecque] sont mixtes, de même que la prière dans l’enceinte de La Mecque. Alors pourquoi les hommes et les femmes seraient-ils séparés dans les autres mosquées ? Toute initiative [de réforme] de ce type est difficile à entreprendre, du point de vue de la tradition, mais du point de vue religieux ce n’est pas interdit. L’objectif principal que nous devons poursuivre est d’éclairer la société en étudiant l’islam dans une perspective culturelle qui encourage l’égalité et le respect mutuel entre les hommes et les femmes, au lieu de les séparer comme s’ils venaient de deux planètes différentes. Transformons les mosquées pour les rendre similaires aux églises !

Pourquoi ne donnez-vous pas une description détaillée de la mosquée, comme vous l’envisagez ?

J’ai dessiné cette image pour moi-même depuis longtemps. [Je vois] une mosquée spacieuse, avec des sièges pour ceux qui viennent lire le Coran ou écouter le sermon. La zone de places assises serait divisée en deux sections, côte à côte, une pour les hommes et l’autre pour les femmes. Dans la zone de prière, il y aurait un pupitre pour le prédicateur, et l’éclairage serait tamisé, pour créer une atmosphère de spiritualité et de calme intérieur. Au centre de la mosquée, devant les sièges, il y  aurait une large estrade, légèrement surélevée, pour la prière, divisée en deux parties : une pour les hommes et une pour les femmes.

[Ne pensez-vous pas] que [l’introduction de] sièges suscitera la colère des musulmans, même des simples fidèles, en raison de la ressemblance avec les bancs d’une église ?

Tout est difficile au début, mais je ne comprends pas pourquoi les islamistes et les conservateurs auraient des objections à l’installation de sièges dans une mosquée, alors qu’ils n’en ont pas à la construction de gratte-ciel de style occidental autour du complexe de la [Grande] mosquée à La Mecque, et qu’ils ne le considèrent pas comme un changement des caractéristiques de l’architecture islamique pour être remplacées par des caractéristiques occidentales. Il n’est pas raisonnable de contester [l’installation de] sièges dans une mosquée [uniquement] pour éviter toute ressemblance avec une église. Après tout, la plupart des religieux modérés prêchent la tolérance et le rapprochement entre les religions, alors pourquoi une mosquée ne ressemblerait-elle pas à une église ? Chacun [sur terre] s’assoit sur des chaises, et je n’ai jamais entendu dire que le fait de s’asseoir sur une chaise serait interdit ou répréhensible. Je pense que c’est civilisé et bon pour les pieds, les genoux et le dos. Les mosquées doivent comporter des instructions [disant aux gens] comment se comporter en termes d’apparence soignée, de respect des rituels de purification, de sorte que la mosquée soit remplie d’eau.

Qui selon vous soutiendra votre suggestion de modifier l’agencement traditionnel de la mosquée ?

Après avoir posté cette idée sur ma page Facebook, j’ai été surprise de la réaction, qui était plus positive que ce que j’avais prévu. J’espère que quiconque est intéressé à voir le renouveau [de la société musulmane] me soutiendra. Nous avons fait de nombreuses innovations dans nos vies. Nos maisons sont différentes de ce qu’elles étaient autrefois, tout comme nos bâtiments, nos hôtels et nos marchés. Tout est différent, plus moderne dans le style. Alors pourquoi serait-il si difficile et impossible de réformer l’agencement de la mosquée ?

Pensez-vous que [votre idée] suscitera la controverse, comme toute expression d’une pensée novatrice ?

Au début, cela pourra susciter la controverse, mais si une telle mosquée est construite dans un pays arabe ou musulman, je suis certaine que l’idée se répandra, car elle ne comporte rien qui nuise à la religion. Au contraire, [une telle mosquée] a une apparence plus civilisée et donnera aux musulmans une image plus douce.

Quand sera-t-il possible de libérer l’islam de notions et d’habitudes qui lui font plus de mal que de bien ?

L’islam est né dans une région désertique, dont les habitants étaient caractérisés par leur conservatisme et leur réticence à adopter le changement et le progrès vers la modernité. C’est la raison pour laquelle l’islam est la seule religion monothéiste qui n’a pas progressé et [ne s’est pas adaptée] à l’époque moderne. Ce n’est pas la religion [qui est en cause] mais ce sont les fidèles. Afin de modifier graduellement le caractère des habitants de la région, nous devons commencer par les rites religieux. Les musulmans sont caractérisés par le bruit et le désordre, et les hommes et les femmes n’ont pas l’habitude de se réunir dans des lieux de prière. Malheureusement, la perception des femmes chez la plupart des musulmans est fanatique et sexualisée, très éloignée de la spiritualité et de la rationalité. Aussi, la construction de mosquées du type [que je propose, où les hommes et les femmes] se retrouveront dans un environnement spirituel de manière régulière, améliorera les relations entre les sexes et aura un impact culturel positif sur la société dans son ensemble. L’habitude de s’asseoir sur des sièges de manière ordonnée et de prier à voix basse sous un éclairage tamisé permettra de raffiner petit à petit le comportement des musulmans.

Que pensez-vous des femmes qui dirigent des prières en public [qui tiennent lieu d’imams] ?

Nous avons vu des femmes conduire des prières en public et délivrer des sermons dans des mosquées en Europe et aux Etats-Unis.[1] La dernière en date à le faire était l’universitaire yéménite Elham Manea, qui a prononcé un sermon dans une mosquée suisse. Nous avons aussi entendu parler d’Amina Wadud, enseignante en études islamiques à l’université de Virginie en Amérique, qui a été la première femme à diriger [une congrégation mixte] d’hommes et de femmes lors de prières du vendredi. Cela a suscité une vaste controverse, mais je pense qu’avant de parvenir à ce stade, nos sociétés arabes et musulmanes doivent d’abord accepter l’idée de femmes jurisconsultes ou présentant des programmes religieux [à la télévision] et répondant aux questions des téléspectateurs sur la religion. A ce jour, les hommes ont le monopole dans ce domaine et ils dominent seuls [les sphères de] l’exégèse coranique, des livres [religieux], des programmes religieux et de la jurisprudence. Comment la société peut-elle accepter une femme dirigeant des musulmans en prière alors qu’elle n’est pas autorisée à rendre des décisions religieuses ou à présenter des programmes religieux ? Avant de débattre de [femmes] dirigeant des prières dans les mosquées, commençons par établir une institution pour les femmes jurisconsultes et par laisser les femmes écrire des livres sur la religion et présenter des programmes religieux. Je souhaite voir un programme sur une chaîne satellite en arabe présenté par une femme versée dans la charia islamique, comme Suhaila Zain Al-Abidin, par exemple.

Lien vers l’article en anglais

Note :
[1] Sur ce sujet, voir MEMRI en français, Des femmes conduisant les prières du vendredi dans une mosquée suisse enflamment les réseaux sociaux, 7 juin 2016 ; Enquête et analyse n° 227, First Mixed Friday Prayers Led by a Woman: Muslim Reactions to an Historical Precedent, 22 juin 2005.

SOURCE

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